Annexe 2 : les couvertures françaises de la VME

Quelques mots sur l’illustration de la couverture de l’actuelle édition de poche. Au dos du volume, il est écrit : Lavielle, 5 étapes du monde parisien. Photo Hubert Josse. Cette illustration provient du Diable à Paris, ouvrage publié par Hetzel en 1846. Abondamment illustré (principalement par Gavarni), il contient cette Coupe d’une maison parisienne le 1er Janvier 1845 — Cinq étages du monde parisien :

Elle est l’œuvre de Charles-Albert Bertall, de son vrai nom Charles-Albert d’Arnoux (Paris, 18 décembre 1820 - Sayons, 24 mars 1881). Bertall a conçu l’image, qui fut ensuite réalisée en lithographie par Lavielle. La coupe d’immeuble de Bertall connut tout de suite un certain succès et fut maintes fois reprise. Rééditée, entre autres, dans le magazine L’Illustration, elle servit également, paraît-il, pour la couverture d’une édition du Père Goriot de Balzac peu après sa parution dans Le Diable à Paris.

Perec aurait, dit-on, approuvé l’utilisation de l’image de Bertall pour la première parution au format poche de la VME. Elle était alors en noir et blanc comme l’original, mais “nettoyée” de ses gris avec un aplat de vert en surimpression partielle :

On notera, bizarrement, que le mot “roman” est ici écrit au singulier. L’édition originale du livre, parue chez Hachette en 1978, parlait bien de “romans” au pluriel. Elle n’affichait, quant à elle, aucune illustration en une de couverture :

De toute façon, ce dessin, aussi approprié soit-il, n’était probablement pas connu de Perec quand il conçut la VME. C’en est un autre, qui est partiellement à l’origine de ce chef-d’œuvre. Dans Espèces d’Espaces, il écrivait en effet ceci :

« Les sources de ce projet sont multiples. L’une d’entre elles est un dessin de Saül Steinberg, paru dans “The Art of Living” (Londres, Hamish Hamilton, 1952) qui représente un meublé (on sait que c’est un meublé parce qu’à côté de la porte d’entrée il y a un écriteau portant l’inscription No Vacancy) dont une partie de la façade a été enlevée, laissant voir l’intérieur de quelque vingt-trois pièces (je dis quelque, parce qu’il y a aussi quelques échappées sur les pièces de derrière). »

 

Cette illustration avait d’abord paru dans le magazine Architectural Forum en février 1946.

L’édition originale amerlocaine de The Art of Living, Harper & Brothers, 1949 :

L’édition anglaise de The Art of Living dont parle Perec, Hamish Hamilton, 1952 :

Il existe d’autre part un collage de Robert Doisneau intitulé La Maison des locataires. On y voit une façade aveugle d’immeuble. À l’emplacement des pièces d’habitation sont collées des fenêtres et douze scènes représentant :

- la concierge au rez-de-chaussée,
- la salle d’attente du médecin au premier,
- une leçon de musique au deuxième,
- une couturière avec un bébé,
- un ouvrier qui fume,
etc.

« ll s’agit, écrit Danielle Constantin dans un article intitulé Les maisons de poupées de Perec : un catalogue paru dans le Cahier Perec des Éditions de l’Herne (2016), d’une œuvre de grand format, mesurant 1,68 m sur 7,22 m, faisant partie de ce que Doisneau considérait comme son “bricolage technique”. Le photographe avait réalisé ce montage en 1962 pour le présenter une première fois en 1965 au musée des Arts décoratifs à l’occasion de l’exposition “Six photographes et Paris” ». Perec connaissait ce photomontage, en possédait une copie. Danielle Constantin précise en effet que « parmi les dossiers des manuscrits de La Vie mode d’emploi, se trouve une page de magazine reproduisant la Maison des locataires de Robert Doisneau ».

Quelques autres couvertures de la VME dans d’autres éditions, pas forcément très réussies. On remarquera, sur l’une d’entre elles, l’accent fautif sur le nom de Perec :

Publié le mercredi, février 19 2020 par Alain Korkos