Chapitre I, Dans l'escalier

« Regarde de tous tes yeux, regarde. »

(Jules Verne, Michel Strogoff)

« L’œil suit les chemins qui lui ont été ménagés dans l’œuvre. »

(Paul Klee, Pädagogisches Skizzenbuch)

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« Elle est vêtue d’un long imperméable en skaï et porte sur la tête une sorte de bonnet de feutre, en forme de pain de sucre, un peu l’idée que l’on se fait d’un chapeau de lutin, et qui est divisé en carreaux rouges et gris. »

On peut penser à la tiare du Christ-Roi qui siège au centre de L’Adoration de l’Agneau mystique des frères Van Eyck, surtout si l’on se souvient qu’un autre tableau de Van Eyck, Le portrait des Arnolfini, fait partie des dix tableaux-contraintes.

L’Adoration de l’Agneau mystique  par Hubert et Jan van Eyck, vers 1432

Mais le «  bonnet de feutre, en forme de pain de sucre (…) divisé en carreaux rouges et gris » peut aussi, pourquoi pas, évoquer la fusée de Tintin ! D’autant plus que les aventures du petit reporter belge réapparaîtront plus loin.

Objectif Lune par Hergé

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« Trois motifs imprimés comme au pochoir se répètent régulièrement sur toute la surface du sac : une grosse horloge à balancier, un pain de campagne coupé en son milieu, et une sorte de récipient en cuivre sans anses. »

Ce récipient en cuivre sans anses figure au bas du tableau-contrainte attribué à ce chapitre, le Saint Jérôme dans son cabinet de travail d’Antonello de Messine.

Saint Jérôme dans son cabinet de travail
par Antonello de Messine, vers 1460

Détail

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« Madame de Beaumont, deuxième droite ».

Le nom de Madame de Beaumont est une allusion à Jeanne Marie Leprince de Beaumont, auteur de la plus célèbre version de La Belle et la Bête.

Affiche de La Belle et la Bête par Jean Cocteau, 1946

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« Rémi Rorschash, producteur de télévision, quatrième gauche ».

La référence, à une lettre près, est des plus transparentes : le psychiatre  suisse Hermann Rorschach mit au point son fameux test en 1921.

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« Docteur Dinteville, sixième gauche ».

Jean Dinteville est l’un des ambassadeurs peints par Hans Holbein. Nous sommes là devant un piège de Perec, l’évocation d’un tableau-contrainte qui normalement n’a pas sa place ici, puisque l’œuvre attribuée à ce chapitre est, on l’a vu plus haut, le Saint Jérôme d’Antonello.

Les Ambassadeurs Jean de Dinteville et Georges de Selve
par Hans Holbein, 1533

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« ce tableau carré qu’il aimait tant : il représentait une antichambre dans laquelle se tenaient trois hommes. Deux étaient debout, en redingote, pâles et gras, et surmontés de hauts-de-forme qui semblaient vissés sur leur crâne. Le troisième, vêtu de noir lui aussi, était assis près de la porte dans l’attitude d’un monsieur qui attend quelqu’un et s’occupait à enfiler des gants neufs dont les doigts se moulaient sur les siens. »

Ce tableau est l’élément de la contrainte 34 “tableaux” attribuée à ce chapitre. Sa description pourrait être, avec toutefois quelques petites infidélités, celle du Bureau du Cotton Exchange à la Nouvelle Orléans peint par Edgar Degas :

Bureau du Cotton Exchange à la Nouvelle Orléans
par Edgar Degas, 1873

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