Chapitre III, Troisième droite, 1

« Quatre hommes seront accroupis au centre de la pièce, pratiquement assis sur leurs talons, les genoux largement écartés, les coudes prenant appui sur les genoux ».

La position des personnages peut évoquer celle des lutteurs de sumo (le Japon est très présent dans ce chapitre)…

Photo de Kusakabe Kimbei, vers 1880

… mais aussi, et peut-être surtout, Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte. Car « trois des hommes seront sur une même ligne et feront face au quatrième. Tous seront torse nu et pieds nus ».

Les Raboteurs de parquet
par Gustave Caillebotte, 1875

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« L’homme qui fait face aux trois autres est Japonais. Il se nomme Ashikage Yoshimitsu. »

Ashikaga Yoshimitsu (1358-1408)

Ashikaga Yoshimitsu a vraiment existé. Troisième des shoguns Ashikaga au Japon, il régna de 1368 à 1378. Sa villa de Kyoto deviendra plus tard le Kinkaku-ji, c’est-à-dire le temple du Pavillon d’Or. Un moine fou l’incendiera en 1950 (il sera entièrement reconstruit cinq ans plus tard) ; c’est cet événement qui servira d’argument au Pavillon d’Or, célèbre roman de Mishima Yukio.

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« Le nom japonais de la secte est “Shira nami”, “La Vague Blanche” ».

Serait-ce La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusai ?

Le creux de la Grande Vague de Kanagawa
par Hokusai Katsushika, vers 1830-1832

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« une illustration représentant une réception donnée en 1890 par Lord Radnor dans les salons de Longford Castle ».

Longford Castle from the South West
par George Lambert, 1743

Cette illustration est l’élément de la contrainte 34 “tableaux” attribué à ce chapitre. Élevé au XVIe siècle, le Longford Castle est situé dans le Wiltshire. Il a été agrandi au XIXe par l’architecte Anthony Salvin (1799-1881), est la propriété de l’actuel Lord Radnor.

Lord Radnor (le précédent) fut longtemps l’heureux propriétaire du Portrait des Ambassadeurs Jean de Dintevile et Georges de Selve peint par Holbein. À l’origine, l’œuvre trônait dans le château de Jean de Dintevile à Polisy. Elle fut ensuite transportée à Paris en 1653, avant d’être vendue aux enchères le 25 avril 1787. C’est un dénommé Lebrun, marchand d’art, qui l’acquit et la revendit en Angleterre en 1792. Le comte de Radnor l’acheta en 1808-1809, et c’est ainsi que les Ambassadeurs furent accrochés dans un salon du Longford Castle jusqu’à ce que la National Gallery l’achète en 1890. Cette peinture est le tableau-contrainte attribué à ce chapitre. Il n’est pas décrit dans la citation ci-dessus, même pas mentionné. Aussi, attendons-nous à le revoir plus bas (suspens insoutenable).

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« Le livre est posé sur un pupitre à musique. »

Le voilà ! La description donnée par Perec n’est pas tout à fait fidèle, mais la contrainte est tout de même respectée :

Les Ambassadeurs Jean de Dinteville et Georges de Selve
par Hans Holbein, 1533, détail

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« Yoshimitsu lui-même est assis sur ses talons, sans être gêné par les dés. Il tient entre ses paumes une petite bouteille de jus d’orange de laquelle émergent plusieurs pailles enfilées les unes aux autres jusque dans sa bouche. »

Orangina ?

Affiche de Bernard Villemot, 1956

Et puis comme par hasard, celui qui fait bien les choses, cette autre affiche des années 1970 qui reprend La Vague d’Hokusai !

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