Chapitre XXII, Le hall d'entrée, 1

DEUXIÈME PARTIE

« sur la porte en fer forgé, un écriteau… »

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« Sur le mur de gauche, la porte vitrée de la loge de la concierge, garnie de petits rideaux de dentelle. »

La concierge aux lunettes, rue Jacob, Paris
par Robert Doisneau, 1950

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« une romancière américaine nommée Ursula Sobieski ».

Ursula, Ursule : Et qui voilà-ti pas ? Le tableau-contrainte de ce chapitre : Le rêve de sainte Ursule.

Le rêve de sainte Ursule
(faisant partie des Histoires de la vie de sainte Ursule)
par Vittore Carpaccio, 1495

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« des vignettes hexagonales représentant un chevalier en armure pourfendant de sa lance le spectre de la grippe personnalisé par un vieillard grincheux à plat ventre dans un paysage noyé de brume ».

Ce chevalier en armure est une évocation du Saint Georges et le dragon de Carpaccio. Explication de sa présence :

au chapitre Le songe de ste Ursule du cahiers Allusions & détails, Perec a écrit qu’il comptait remplacer la contrainte “Sainte Ursule” de Carpaccio par l’évocation du Saint Georges et le dragon du même. Puis, il s’est demandé si Ursule ne pourrait pas être le prénom de Sobieski. Il a finalement gardé la contrainte “Sainte Ursule” en attribuant le prénom d’Ursula à la romancière Sobieski, et a inséré tout de suite après une allusion au Saint Georges et le dragon de Carpaccio. C’est un 2en1, allez hop ! Emballez, c’est pesé.

Saint Georges terrassant le dragon
par Vittore Carpaccio, 1502

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« Elle (…) tient dans sa main droite une photographie bistrée ».

Il s’agit là de la contrainte “Peintures” : “photo” attribuée à ce chapitre.

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« petits tamis pour pépites (réservés à la clientèle californienne) ».

Chaplin, encore une fois ?

La Ruée vers l’or
de Charles Chaplin, 1925

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« la recherche des “unica”. Ununicum”, dans le jargon des libraires, des chineurs et des marchands de curiosités, est, comme son nom le laisse deviner, un objet dont il n’existe qu’un exemplaire ». 

À part ça, Unica Zürn était un dessinatrice, écrivaine — et accessoirement la compagne de Hans Bellmer — que Perec connaissait bien.

Portrait d’Unica Zürn
par Hans Bellmer

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« le premier slip de Tarzan ».

Stellan Windrow, le premier Tarzan du cinéma,
dans Tarzan of the Apes de Steve Ashworth, 1918

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« les gants de Rita Hayworth dans “Gilda” ».

Affiche belge de Gilda,
de Charles Vidor, 1947
(les experts reconnaîtront le timbre-taxe
collé en bas à droite de l’affiche)

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« les Trois Dés dont les soldats se servirent pour jouer la Tunique du Christ à la cathédrale de Sofia (…); le Voile de Véronique (la “vera icon”) à San Silvestro de Rome ; le Saint Suaire à Rome, Jérusalem, Turin ».

Tous ces épisodes de la vie du Christ ont été abondamment mis en images, les perecomaniques curieux se reporteront à leur Histoire de l’art en Occident préférée.

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« il avait aperçu l’étudiant alors qu’il sortait de l’hôtel “L’Espadon” ».

Une incursion d’Edgar P. Jacobs après celles, répétées, de Hergé !

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« Effectivement, à la Nouvelle-Orléans, un libraire le présenta à un richissime cotonnier ».

Bureau du Cotton Exchange à la Nouvelle Orléans
par Edgar Degas, 1873 (déjà évoqué dans le chapitre I)

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« Ne faites rien que vous pourriez regretter ! dit alors soudain Schallaert. Il sortit un petit pistolet de sa poche, recula jusqu’au fond de la pièce et ajouta : le vase est sous le lit. Regardez-le, mais faites attention. »

Ce qui reste de la Joconde
Photo extraite de Paris au jour le jour, 1900-1919,
Éditions de Minuit

Volée le 22 août 1911 par un vitrier qui avait travaillé au Louvre, la Joconde est retrouvée à Florence le 15 décembre 1913. L’homme, qui voulait la vendre à un antiquaire italien nommé Alfredo Geri, avait caché la léonardesque peinturlure sous le lit de sa chambre d’hôtel. Il faut relier ce passage avec une phrase qui figure plus haut dans le chapitre :

« Un jour d’avril 1896, un ouvrier italien nommé Longhi qu’il avait fait engager quinze jours auparavant pour repeindre les grilles de son parc ».

Perec a mélangé son abracadabrantesque histoire de Graal à celle de ce fameux vol de La Joconde. L’ouvrier italien, qui s’appelait Vincenzo Perrugia, est ici rebaptisé Longhi du nom d’un célèbre peintre vénitien, Pietro Longhi.

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« un fait divers postérieur de deux ans à la conclusion de l’affaire : l’arrestation, en Argentine, en 1898, d’un réseau de faux-monnayeurs tentant d’écouler massivement des coupures de vingt dollars ».

En 1961 sortit sur les écrans un film de Gilles Grangier d’après un roman d’Albert Simonin, Le cave se rebiffe. Cette histoire de faux-monnayeurs (un chef-d’œuvre intégral bien plus beau que la Joconde) débute et s’achève en Amérique du Sud.

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