Chapitre XXXIV, Escaliers, 4

« Le chaton ovale de la bague affecte la forme d’un camée dont la tête en relief s’efforce de représenter un jeune homme aux longs cheveux évoquant lointainement un portrait de la Renaissance italienne. »

Ce jeune homme est l’ange du Rêve de sainte Ursule par Carpaccio, tableau-contrainte de ce chapitre.

Le rêve de sainte Ursule
(faisant partie des Histoires de la vie de sainte Ursule)
par Vittore Carpaccio, 1495
musée de l’Académie, Venise

Détail

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« un acteur célèbre, François Gormas, demande au peintre Lucero (…) de faire un portrait de lui dans la scène (…) où, incarnant d’Artagnan, il se bat en duel contre Rochefort pour l’amour de la jeune et jolie Constance Bonacieux ».

Cette citation ne correspond pas à une image plus ou moins célèbre, mais à une scène de roman qui a été maintes fois illustrée. Inutile d’afficher ici une peinture, gravure ou aquarelle la concernant, donc. Il est en revanche utile de rappeler que ce n’est pas la première fois qu’un duel apparaît dans la VME : au chapitre XXIV nous avons déjà eu droit à celui auquel se livrèrent le général Boulanger et le député Charles Floquet, président du Conseil, le 13 Juillet 1888 à Neuilly-sur-Seine.

L’Illustration du 21 juillet 1888
Le duel de M. Floquet et du général Boulanger

Notons en outre que cette idée de duel ne fait pas partie des quarante-deux contraintes. C’est l’un des petits trucs souterrains de Perec, et en voici un autre qui apparaît neuf lignes au-dessous :

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« Gormas envoie chercher un nommé Félicien Michard qui est fils de sa concierge, et qui sert comme frotteur de parquet chez le comte de Châteauneuf. »

On pense ici aux Raboteurs de parquet de Caillebotte qui se sont précédemment glissés dans le chapitre chapitre III, et qui ne figurent pas dans la liste des dix tableaux-contraintes.

Les Raboteurs de parquet
par Gustave Caillebotte, 1875

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« son marchand de tableaux, Gromeck ». 

Il s’agit là de la contrainte “Peintures” “tableau” de ce chapitre. Le nom de Gromeck n’est pas une déformation de Gros Mec, il provient du film Knock on Wood (Melvin Frank et Norman Panama, 1954), avec Danny Kaye en vedette. L’un des personnages est un espion nommé Lazlo Gromek. Il est interprété par Leon Askin, qui plus tard incarnera le Général Albert Burkhalter dans la série télévisée Papa Schulz.

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« les aventures du commissaire Bougret et de son fidèle adjoint Charolles dans les “Rubriques à brac” de Gotlib ».

Bougret et Charolles de Gotlib sont une parodie de Maigret et Bourrel, célèbres commissaire et inspecteur de police. Jules Maigret est une création de Georges Simenon. Il est le héros de 75 romans et 28 nouvelles. Ses enquêtes ont été à de multiples reprises adaptées en films et en feuilletons télévisés, Jean Gabin au cinéma et Jean Richard à la télévision furent parmi les acteurs qui incarnèrent le flic amateur de blanquette (à noter que les Bougret et Charolles de Gotlib ont les visages du dessinateur-scénariste Gébé et de Gotlib lui-même).
L’inspecteur Bourrel, lui, est une pure invention de la télé. Il est le personnage principal de la série Les Cinq Dernières Minutes, qui connut 149 épisodes diffusés entre 1958 et 1973. Les plus anciens se souviendront de la réplique culte de Bourrel (incarné par Raymond Souplex) : « Bon dieu, mais c’est bien sûr ! » (à écouter et voir par là).

C’est le retour de l’inspecteur Bourrel
Télérama, 16 février 1964

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« un film avec Danny Kaye dont le titre anglais est “Knock on Wood” et le titre français “Un grain de folie” ».

Et revoilà Danny Kaye !

Affiche belge

 

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