Chapitre XLIV, Winckler, 2

La première partie de ce chapitre est constituée par des considérations sur l’art du puzzle, reprises telles quelles dans le préambule. Seul change le nombre de pièces dessinées, neuf dans le préambule et six dans le chapitre XLIV. Nous n’avions pas observé ces propos puzzlistiques en attaquant cette recherche, c’est le moment de s’y mettre.

« — la table avec son tapis rouge à franges jaunes très claires, presque blanches, supportant un pupitre avec un livre ouvert, la riche bordure de la glace, le luth, la robe rouge de la femme — et les grandes masses des arrière-plans séparées en paquets selon leur tonalité de gris, de brun, de blanc ou de bleu ciel ».

Ce bout de phrase est d’un grande richesse, puisqu’il dissimule pas moins de six tableaux-contraintes !

1. « la table avec son tapis rouge à franges jaunes très claires, presque blanches » renvoie au tableau-contrainte de ce chapitre, la Sainte Ursule de Carpaccio :

Le rêve de sainte Ursule
(faisant partie des Histoires de la vie de sainte Ursule)
par Vittore Carpaccio, 1495
musée de l’Académie, Venise

Détail

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2. « un pupitre avec un livre ouvert » renvoie au Saint Jérôme d’Antonello :

Saint Jérôme dans son cabinet de travail
par Antonello de Messine, vers 1460
National Gallery, Londres

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3. « la riche bordure de la glace » renvoie au miroir des Arnolfini de Van Eyck :

Le portrait des époux Arnolfini
par Jan van Eyck, 1434
National Gallery, Londres

Détail

• • •

4. « le luth » renvoie aux Ambassadeurs de Hans Holbein :

Les Ambassadeurs Jean de Dinteville et Georges de Selve
par Hans Holbein, 1533
National Gallery, Londres

Détail

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5. « la robe rouge de la femme » évoque Le Prêteur et sa femme de Metsys :

Le Prêteur et sa femme
par Quentin Metsys, 1514
musée du Louvre, Paris

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6. « les grandes masses des arrière-plans séparées en paquets selon leur tonalité de gris, de brun, de blanc ou de bleu ciel » renvoient aux nuées de La Tempête de Giorgione :

La Tempête
par Giorgione, 1505
musée de l’Académie, Venise

Détail

Belle performance ! Beau sextuplé !

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On retrouve, dans le paragraphe suivant, un « chapeau noir à trois cornes » appartenant aux Ambassadeurs, « un oranger nain posé sur une cheminée » issu du Saint Jérôme d’Antonello et un « reflet à peine terni dans un miroir » qui rappelle celui du roi et de la reine des Ménines, à moins que ledit miroir appartienne aux Arnolfini ou au Prêteur et sa femme. Qui qu’il en soit nous avons au total sept tableaux-contraintes cités, les trois manquant à l’appel étant La Chute d’Icare par Pieter Bruegel l’Ancien, leTriptyque du chariot de foin par Jérôme Bosch et la Nature morte à l’échiquier ou les cinq sens par Lubin Baugin.

• • •

« un gentleman à petits favoris, en habit rouge de l’époque des dernières diligences, portant culotte blanche, bottes à revers, haut-de-forme gris, et tenant une badine à la main ».

Il s’agit là d’une contrainte littéraire consistant à citer un passage d’Aurora de Michel Leiris, dont nous ne devrions pas parler ici. Mais c’est aussi et surtout la description d’une image fort célèbre, celle de Johnny Walker :

Ainsi l’on peut considérer que la contrainte “Peintures” “affiches” a été respectée dans ce chapitre.

Dans le chapitre XIX était apparu un personnage similaire, un Uncle Sam Mechanical Bank :

La discussion continue ailleurs

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