Chapitre XLVII, Dinteville, 2

« sur la couverture de l’un d’eux, on voit une photographie en couleurs de Franco sur son lit de mort, veillé par quatre moines agenouillés qui semblent tout droit sortir d’un tableau de de La Tour ».

« Le “caudillo” Franco est mort le 20 novembre 1975, après une agonie d’une quarantaine de jours, nous dit Willy Wauquaire. Le récit de Perec se passe le 23 juin 1975, et le magazine ne peut pas montrer “Franco sur son lit de mort” ! »

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« Il y a plusieurs tableaux sur les murs. »

Cette maigre phrase est censée satisfaire la contrainte-tableau de ce chapitre, Le chariot de foin de Jérôme Bosch.

Triptyque du chariot de foin
par Jérôme Bosch, vers 1500-1502
musée du Prado, Madrid

Dans son Cahier “Allusions et détails”, Perec avait indiqué :

« Degas [?] Bosch : le charriot de foin (sic)
ch 47 : le mât (triptyque fermé). »

Ce mât ne figure pas dans ce chapitre, tout juste y trouve-t-on le “mat” du jeu de tarots :

« la carte représentant un homme armé d’un bâton, portant besace et poursuivi par un chien, que l’on nomme le mat, c’est-à-dire le fou ».

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« un billard électrique dont le décor représente une Espagne - ou un Mexique - de pacotille avec, entre les quatre cadrans, une femme jouant de l’éventail ».

Le flipper, déjà présent dans les chapitres XLI et XXXVI, réapparaît ici. Nous n’avons pas trouvé de modèle affichant une Espagnole jouant de l’éventail, ce qui ne veut pas dire qu’un engin ainsi décoré n’a pas existé.

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« trois garçonnets (…) ressemblant à l’image traditionnelle des petits poulbots ».

Des gosses et des bonshommes
par Francisque Poulbot, 1920

Dessin extrait du recueil Des gosses et des bonshommes 

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« une fillette qui porte autour du cou un cordonnet de fil noir tressé sur lequel est enfilé une une unique boule rouge, et qui tient dans la main gauche une pêche ».

Willy Wauquaire nous dit que ce membre de phrase est une allusion au roman Sombre printemps d’Unica Zürn (voir page 106 du texte déjà cité).

ATTENTION
APARTÉ HAUTEMENT SPÉCULATIF

Cette image, cependant, peut également évoquer (mais rien n’est moins sûr) les portraits mêlés de Bia de Médicis et de Lucrèce de Médicis par Agnolo Bronzino. 

Bia (Bianca) de Médicis, fille illégitime du grand-Duc de Toscane Cosme Ier de Médicis et d’une inconnue, naquit en 1537. On la voit ici tenant dans sa main droite une pomme de senteur ou pomme d’ambre ou encore pomander, c’est-à-dire un bijou contenant des parfums (ambre gris, civette, musc) censés la protéger des maladies. En vain, puisque la gamine mourut de fièvres en 1542. Ce portrait, exécuté par Agnolo Bronzino entre 1542 et 1545, est posthume.

Portrait de Bia de Médicis
par Agnolo Bronzino, vers 1542-1545

Lucrèce de Médicis, fille légitime du grand-Duc de Toscane Cosme Ier de Médicis et d’Éléonore de Tolède, naquit à Florence le 14 février 1545. Sur ce portrait également exécuté par Agnolo Bronzino vers 1560, elle tient elle aussi dans sa main droite une pomme de senteur qui ne lui portera pas particulièrement bonheur non plus, puisqu’elle mourra de tuberculose en 1561 à seize ans. Dans sa main gauche, une sphère non identifiée.

Portrait de Lucrèce de Médicis
par Agnolo Bronzino, vers 1560

La « fillette qui porte autour du cou un cordonnet de fil noir tressé sur lequel est enfilé une une unique boule rouge, et qui tient dans la main gauche une pêche » est-elle un mélange de Bia et Lucrèce de Médicis ? À moins que ce qui précède ne soit que vaine élucubration…

FIN DE L’APARTÉ HAUTEMENT SPÉCULATIF

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« un plan de Champigny-sur-Marne ».

Ici est satisfaite la contrainte “Peintures” “cartes et plans”.

La discussion continue ailleurs

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