Chapitre XLVIII, Madame Albin (chambres de bonne, 8)

« Madame Albin est une de ces femmes de grande taille sèches et osseuses, que l’on dirait sorties de “Ces dames aux chapeaux verts”. »

Ces dames aux chapeaux verts est un roman de Germaine Acremant paru en 1921 qui connut deux adaptations filmées. La première fut réalisée par Maurice Cloche en 1937 ; la seconde, réalisée par Fernand Rivers, sortit en 1949.

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« une estampe érotique chinoise représentant une femme couchée sur le dos honorée par six petits gnomes aux visages tout ridés ».

Perec a probablement pensé à Blanche-Neige et les Sept Nains (il en a perdu un en route), et peut-être à sa version porno allemande de 1969 dirigée par Rolf Thiele, The New Adventures of Snow White - An X-Rated Fairy Tale :

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« à Jane Sutton, [Madame Albin] a seulement fait voir quatre cartes postales également sans relation apparente avec sa biographie ».

Il s’agit là de la contrainte “Peintures” “cartes postales” attribuée à ce chapitre. Suit la description desdites cartes, dont trois d’entre elles sont des citations directes du chapitre 5 de La Montagne magique de Thomas Mann :

« On assista (…) à un combat de coqs à Bornéo (…) On vit des Samoyèdes emmitouflées parcourir dans leurs traîneaux tirés par des rennes un désert de neige au nord de l’Asie (…) Une jeune femme marocaine, vêtue de soie rayée, caparaçonnée de chaînes, d’anneaux et de paillettes, sa poitrine pleine à moitié dénudée, s’approchait soudain de vous, en grandeur naturelle ; ses narines étaient larges, ses yeux pleins d’une vie bestiale, ses traits sans mouvement. Elle riait de ses dents blanches, abritait ses yeux d’une de ses mains dont les ongles semblaient plus clairs que la chair, et, de l’autre, faisait signe au public. »

Des cartes postales de ce type existent bel et bien, les voici :

Combat de coqs à Bornéo

Samoyèdes emmitouflées en traîneau tiré par des rennes
dans un désert de neige au nord de l’Asie

Jeune femme marocaine, vêtue de soie rayée

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La quatrième carte représente « un paysan grec avec une espèce de grand béret, une chemise rouge et un gilet gris, poussant sa charrue ».

Thomas Mann n’y est cette fois pour rien, puisqu’il s’agit de satisfaire ici la contrainte-tableau de ce chapitre, La Chute d’Icare de Bruegel :

La Chute d’Icare
par Pieter Bruegel l’Ancien, vers 1558
musée royal des Arts anciens, Bruxelles

Détail

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