Chapitre LIX, Hutting, 2

« trois affiches sont maintenues par des punaises aimantées ».

La contrainte “Peintures” “affiche” est ici promptement honorée.

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« une reproduction en couleurs du “Triptyque du Jugement dernier” de Roger Van der Weyden ».

Il s’agit en réalité d’un polyptyque composé de quinze panneaux, réalisé entre 1443 et 1452.

Le polyptyque fermé, six panneaux

Le polyptyque ouvert, neuf panneaux

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«  l’affiche du film d’Yves Allégret. “Les Orgueilleux” ».

Les Orgueilleux
par Yves Allégret, 1953

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« un agrandissement photographique (…) des arabesques beardsleyennes ».

Aubrey Beardsley était un illustrateur britannique de l’époque victorienne (1872-1898), qu’on peut rattacher au Modern Style. N’en déplaise à Perec, les arabesques ci-dessus sont plus proches de l’Art Nouveau français façon Hector Guimard que des volutes de Beardsley.

Illustration pour la Salomé d’Oscar Wilde
par Aubrey Beardsley, 1894

Détail de l’entourage
de la station de métro Palais-Royal à Paris
par Hector Guimard, 1900

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« Hutting est assis sur un lion de pierre ».

Il était déjà question d’un « antique lion de pierre » au chapitre LI, celui du Saint Jérôme d’Antonello, bien sûr.

Saint Jérôme dans son cabinet de travail
par Antonello de Messine, vers 1460
National Gallery, Londres

Détail

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« comme si l’œuvre était destinée à être accrochée très haut et qu’on avait voulu, par un effet d’anamorphose, en exagérer les perspectives ».

L’anamorphose évoquée ici est celle qui figure au pied des Ambassadeurs de Hans Holbein, tableau-contrainte de ce chapitre.

Les Ambassadeurs Jean de Dinteville et Georges de Selve
par Hans Holbein, 1533
National Gallery, Londres

Cette forme aussi bizarre que flottante est en effet un crâne humain déformé, Vanitas vanitatum, omnia vanitas :

Détail

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« Le tableau, presque achevé, représente trois personnages. Deux sont debout, de chaque côté d’un meuble haut chargé de livres, de petits instruments et de jouets divers (…). Le sol, peint avec une précision extrême, est un carrelage géométrique dont les motifs reproduisent la mosaïque de marbre, apportée de Rome vers 1268 par des artisans italiens pour le choeur de l’Abbaye de Westminster. »

On reconnaît là, encore une fois, Les Ambassadeurs de Hans Holbein. Perec a copié dans Répertoire III de Michel Butor la fidèle quoique incomplète description du dallage.

Détail

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« R. Mutt est recalé à l’oral du bac pour avoir soutenu que Rouget de l’Isle était l’auteur du “Chant du Départ” ».

R. Mutt est le pseudonyme qu’utilisa Marcel Duchamp pour signer sa célèbre Fontaine de 1917. Perec mentionna, dans le chapitre XI, des « ready-made d’inspiration surréaliste » (sans s à made).

Fontaine de Marcel Duchamp
photographiée par Alfred Stieglitz, 1917

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« qui connaîtrait encore Monsieur Bertin sans Ingres ? »

Louis-François Bertin était le directeur du Journal des débats. Ingres a peint son portrait en 1832, l’œuvre est accrochée aux cimaises du Louvre à Paris.

Monsieur Bertin
par Jean Auguste Dominique Ingres, 1832

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