Chapitre LXXVII, Louvet, 2

« une scène antique et pastorale : la nymphe Io allaitant son fils Epaphos sous la tendre protection du dieu Mercure ».

Que représente La Tempête de Giorgione, tableau-contrainte de ce très court chapitre ? On a évoqué un soldat et l’allégorie de la charité, Adam et Ève, Poliphile et Vénus allaitant Cupidon avec ses larmes (ce serait alors une illustration du Songe de Poliphile, roman anonyme du XVe siècle italien), Iasion et Demeter, ou encore la nymphe Io allaitant son fils Epaphos sous la protection du dieu Mercure, que cite ici Perec. En vérité le mystère demeure entier, la seule chose qu’on sache avec certitude, c’est qu’un personnage féminin, une femme près de l’eau, fut peinte derrière la colonne avant que d’être recouverte. Mais que fait cette cigogne sur le toit de la maison à droite ? Pourquoi ce remous dans l’eau à droite itou ? Pourquoi cet orage ? De tout cela, on ne sait rien. Alors après tout, pourquoi ne verrait-on pas dans cette toile mystérieuse une représentation de Io, de son fils Epaphos et de Mercure ?

La Tempête
par Giorgione, 1505
musée de l’Académie, Venise

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« le fac-similé d’une affiche publicitaire datant du début du siècle ».

La contrainte “Peintures” “reproduction” de ce chapitre est ici satisfaite. L’affiche décrite ensuite n’a jamais existé, on y trouve d’ailleurs trois citations de La Montagne magique de Thomas Mann : « en pantalons blancs et en vareuses bleues », « Les mains dans les poches de son veston, ses pieds chaussés de noir étendus devant lui, il tenait entre ses lèvres, en le laissant pendre légèrement, le long cigare d’un gris mat qui se trouvait encore dans le premier stade de la combustion – c’est-à-dire : dont il n’avait pas encore fait tomber la cendre de l’extrémité tronquée » et enfin « C’était une blonde un peu énigmatique, vêtue de robes minces et flottantes ».

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« Tout en bas à droite, en grosses lettres jaunes, creuses, de ce caractère appelé Auriol Champlevé qui fut abondamment utilisé au siècle dernier, sont écrits les mots

Por Larrañaga est une marque de cigares cubains fondée en 1834 par un immigré espagnol nommé Ignacio Larrañaga. L’illustration attachée à la marque représente la déesse romaine Cybèle, symbole de la terre, de l’agriculture et de la fertilité, siégeant sur un char tiré par deux lions représentant Hippomène et Atalante. Une célèbre fontaine de Cybèle trône à Madrid depuis 1782.

Jamais la marque Por Larrañaga n’a été calligraphiée dans la police de caractères Auriol Champlevé dont parle Perec. Lequel a, en outre, oublié de tracer le tilde sur le ñ ! Cette police de caractères, de style Art nouveau, fut créée en 1903 par Georges Auriol (1863-1938). Pour une histoire des différents caractères Auriol, voir par là.

Police de caractères Auriol Champlevé
créée par Georges Auriol, 1903

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