Chapitre LXXIX, Escaliers, 11

« une adaptation de “la Mascotte du Régiment” dans laquelle elle reprenait le rôle que Shirley Temple avait créé au cinéma ».

La Mascotte du régiment (Wee Willie Winkie)
par John Ford, 1937

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« inondée de petits journaux et d’affiches enjôleuses ».

La contrainte “Peintures” “affiche” de ce chapitre est ici satisfaite.

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« vêtue en petit poulbot avec une casquette à pont et un pantalon à bretelles ».

Les dessins de Francisque Poulbot furent évoqués dans le chapitre XLVII. Mais ici, il s’agit plutôt de l’image dévoyée des gamins de Poulbot, de ces horribles peinturlures vendues dans les magasins de souvenirs parisiens.

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« assise sur un bord de trottoir (…) avec trois sosies de Pim, Pam, Poum ».

Pim Pam Poum est le titre français de la bande dessinée américaine The Katzenjammer Kids, créée en 1897 par Rudolph Dirks. Lequel la dessina jusqu’en 1913 avant qu’elle soit reprise par Harold Knerr, de 1914 à 1949. D’autres dessinateurs et scénaristes suivront, mais les plus célèbres planches qu’on put lire en France dans les années 50 à 70 furent celles d’Harold Knerr. Les Katzenjammer Kids sont à l’origine d’une importante bataille juridique concernant le droit d’auteur, à l’issue de laquelle deux BD similaires coexistèrent : les Katzenjammer Kids dessinés par leur repreneur Harold Knerr, et The Captain and the Kids dessiné par Rudolph Dirks. Pour plus de détails, voir par là.

The Katzenjammer Kids
par Harold Knerr, 14 mai 1922

Pim Pam Poum
par Harold Knerr publié en France dans les années 60,
peut-être dans Le Journal de Mickey

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1. « un dessin représentant les époux, exécuté uniquement avec des caractères de machine à écrire ».

2. « un jeune Italien (…) Bruges ».

3. « son chien, une sorte de petit barbet à poils frisés ».

4. « “Les Très Riches Heures du Duc de Berry” dont elle avait vu quelques reproductions ».

Ces quatre citations se réfèrent au tableau-contrainte de ce chapitre, le Portrait des époux Arnolfini de Van Eyck (même si Perec ne mentionne pas la première dans son Cahier des charges).

Le portrait des époux Arnolfini
par Jan van Eyck, 1434
National Gallery, Londres

1. un dessin représentant les époux, exécuté à la machine à écrire. Cette mode de réaliser de tels portraits remonte aux années 30. Voici, pour exemple, celui de Shirley Temple dont on parla plus haut, réalisé à la machine à écrire en 1939. 

2. Le jeune Italien à Bruges renvoie à Giovanni Arnolfini. Le tableau de Van Eyck, qui date de 1434, illustrerait son mariage avec Giovanna Cemani. Cette thèse est aujourd’hui controversée. Vers 1440, Van Eyck peignit un autre portrait de Giovanni Arnolfini, seul cette fois.

3. Le petit chien, au pied du couple, est le symble de la fidélité. On en trouve de nombreux dans la peinture du Moyen Âge et de la Renaissance, ainsi que sur les gisants.

 

4. Les Très Riches Heures du Duc de Berry.

Perec indique, dans son Cahier des charges, que Les Très Riches Heures du Duc de Berry sont associées à la contrainte Arnolfini. A priori, les deux œuvres n’ont aucun rapport entre elles : le Portrait des Arnolfini a été peint par le Flamand Jan van Eyck en 1434, à Bruges peut-être, en Flandre sûrement (les Arnolfini vivaient à Bruges) ; Les Très Riches Heures du Duc de Berry ont été peintes par les Néerlandais Paul, Jean et Herman de Limbourg à Paris puis à Bourges, entre 1410 et 1416. Rien de commun, donc. En 1416, la peste emporte les frères de Limbourg et leur commanditaire, le duc de Berry. Vers 1440, un peintre anonyme ajoute quelques miniatures au calendrier des Très Riches Heures. Cet anonyme porte aujourd’hui un nom, il s’agirait de Barthélémy d’Eyck, un peintre dont on sait peu de chose et qui serait de la famille de Jan van Eyck. Tel est donc le lien ténu qui réunit Jan van Eyck, auteur du Portrait des Arnolfini, et Les Très Riches Heures du Duc de Berry des frères de Limbourg complétées par un certain Barthélémy d’Eyck. C’est ce lien qui permet à Perec de satisfaire (pour la quatrième fois) la contrainte Arnolfini de ce chapitre.

Le mois de septembre, dans le calendrier
des Très Riches Heures du duc de Berry,
a très probablement été peint par Barthélémy d’Eyck

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Ce chapitre raconte la vie d’Olivia Norvell, ancienne actrice autralienne qui, avant d’épouser tardivement Rémi Rorschash, avait épousé un certain Jeremy Bishop. Son histoire s’inspire d’Olivia de Havilland qui forma, avec l’acteur australien Errol Flynn, un célèbre couple du cinéma hollywoodien. Ils tournèrent ensemble douze films. Dans le premier, Capitaine Blood (Michael Curtiz, 1935), Olivia interprétait la fille du colonel Bishop, ennemi du capitaine Blood. Un compagnon de course de ce dernier s’appelait Jeremy Pitt. Le Jeremy Bishop de Perec, premier époux d’Olivia Norvell, est donc né de la rencontre du colonel Bishop et de Jeremy Pitt par l’entremise d’Olivia de Havilland et d’Errol Flynn. On voit par là que pour composer un personnage, une histoire, Perec procède par collages successifs à la manière de Prévert.

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