Chapitre LXXXVI, Rorschash, 5

« La salle de bains des Rorschash (…) des tuyauteries de cuivre et de plomb (…), une abondance vraisemblablement superfétatoire de manomètres, thermomètres, débitmètres, hydromètres, clapets, volants, manettes, mitigeurs, leviers, soupapes et clefs de toutes natures, esquissent un décor de salle des machines (…) des robinets de bronze sculptés en forme de soleils flamboyants, de têtes de lion ».

On pense à la salle des machines de 20 000 lieues sous les mers de Jules Verne qui, si l’on regarde l’illustration de l’édition originale, est finalement assez chiche en manomètres, thermomètres, débitmètres, hydromètres et autres machinmètres. Mais on y trouve tout de même des robinets de bronze sculptés en forme de têtes de lion !

20 000 lieues sous les mers de Jules Verne,
illustration de De Neuville, 1869-1870

Un peu plus de manomètres et de manettes dans la version filmée en 1954 par Richard Fleischer avec Kirk Douglas, James Mason et Peter Lorre :

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« trois statuettes peut-être antiques : un tout jeune Atlas portant sur son épaule un globe en réduction, un Pan ithyphallique, une Syrinx effarouchée déjà à moitié roseau ».

Le jeune Atlas se tient au-dessus de la porte à gauche dans Le rêve de sainte Ursule de Carpaccio, qui est le tableau-contrainte de ce chapitre.

Le rêve de sainte Ursule
(faisant partie des Histoires de la vie de sainte Ursule)
par Vittore Carpaccio, 1495
musée de l’Académie, Venise

Détail

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« Robinson Crusoé, bonnet pointu, camisole en poil de chèvre, assis sur une pierre ; il trace sur l’arbre qui lui sert à mesurer l’écoulement du temps, une barre de dimanche ».

Nos services n’ont pas trouvé d’illustration représentant exactement la description de Perec.

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« une jeune femme assise près d’une fenêtre (…) brode un point de bourdon (…), un homme déjà vieux, à l’air excessivement britannique, joue du virginal ».

Cette prétendue gravure semble être le mélange de deux tableaux de Vermeer, La Dentellière et La leçon de musique où une femme joue du virginal à côté d’un homme.

La Dentellière
par Johannes Vermeer, vers 1669-1670

La leçon de musique ou Le concert
par Johannes Vermeer, vers 1662-1664

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« une très jeune fille, de quatorze ou quinze ans peut-être, vêtue d’une courte combinaison de dentelle. Les baguettes ajourées de ses bas », etc.

Cette pseudo-gravure est la copie d’un extrait d’Aurora de Michel Leiris.

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« La quatrième oeuvre est un moulage posé sur le large rebord de la baignoire. Il représente, en pied, une femme qui marche, à peu près au tiers de sa grandeur naturelle. C’est une vierge romaine d’environ vingt ans », etc.

Perec reprend ici la description d’un bas-relief romain conservé au musée Chiaramonti à Rome, tel que consigné par Wilhelm Jensen dans les deux premières pages de sa nouvelle intitulée Gradiva. Ce texte figure également en ouverture de Délire et rêve dans la “Gradiva” de Jensen de Sigmund Freud, paru chez Gallimard en 1949 et en poche dans la collection Idées en 1971. À l’instar du héros de Jensen, Freud acquit lui aussi une copie de la Gradiva qu’il installa dans son bureau sis au 20 Maresfield Gardens à Londres, où elle est toujours visible (l’endroit est aujourd’hui reconverti en musée Freud).

La Gradiva, bas-relief romain conservé
au musée Chiaramonti à Rome

Copie en plâtre de La Gradiva,
conservée au musée Freud à Londres

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La contrainte “Peintures” “cartes postales” dévolue à ce chapitre a été omise par Perec.

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