Chapitre LXXXVII, Bartlebooth, 4

« un grand paravent (…), des singes costumés à la manière de Gillot ».

Claude Gillot (1673-1722) était un célèbre peintre et graveur. Il fut le professeur d’Antoine Watteau. Ces mots sont empruntés par Perec au catalogue de la vente des objets ayant appartenu à Raymond Roussel qui se déroula au mois de mars 1912 à la Galerie Georges-Petit, 8 rue de Sèze, à Paris (n°262 au catalogue).

Les Singes,
par Claude Gillot, 1719

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« une “Descente de Croix” du Groziano, sombre et sévère ».

Le Groziano est un peintre inventé par Perec dans son Cabinet d’amateur. Point de Descente de Croix, donc.

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« une marine de F. H. Mans, “L’Arrivée des bateaux de pêche sur une petite plage hollandaise” ».

Cette phrase est empruntée au catalogue de la vente des objets ayant appartenu à Raymond Roussel (n°17 au catalogue). Nous n’avons pas retrouvé ladite marine.

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« une étude sur carton pour “L’Enfant bleu” (“Blue Boy”) de Thomas Gainsborough ».

Cette phrase est empruntée au catalogue de la vente des objets ayant appartenu à Raymond Roussel (n°10 au catalogue). Peut-être est-ce cette même étude qui est aujourd’hui conservée au Victoria and Albert Museum de Londres :

Blue Boy,
dessin aquarellé de William Gainsborough, vers 1770

Blue Boy
de William Gainsborough, 1770

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« deux grandes gravures de Le Bas reproduisant “L’Enfant au toton” et “Le Valet d’Auberge” de Chardin ».

La contrainte “Peintures” “gravure” de ce chapitre est ici respectée. Jacques-Philippe Le Bas (1707-1783) était un très célèbre graveur français. S’il a effectivement reproduit en gravure certaines des œuvres de Jean Siméon Chardin (1699-1779), L’Enfant au toton et Le Valet d’Auberge ne figurent pas parmi ses travaux. L’Enfant au toton fut en revanche gravé en 1742 par Nicolas-Bernard Lépicié (1735-1784) :

Et, à une date inconnue, par Eugène Decisy (1866-1936) :Lequel a dû graver sa planche à l’envers, pour restituer à l’impression le sens original du tableau de Chardin. Nicolas-Bernard Lépicié ne s’était pas encombré la vie avec cette difficulté, que les graveurs du XVIIIe siècle évitaient la plupart du temps.

L’Enfant au toton
par Jean Siméon Chardin, vers 1736

 Quant au Valet d’auberge,  aussi connu sous le titre Le Garçon de cellier nettoyant un grand pot ou encore Le Garçon cabaretier, il fut gravé en 1740 et dans le mauvais sens itou par Charles Nicolas Cochin (le Vieux) (1688- 1754) :

Le Valet d’auberge
par Jean Siméon Chardin, vers 1738

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« une miniature représentant un abbé au visage bouffi de contentement et d’orgueil ».

À défaut de description plus précise, impossible de retrouver cet abbé bouffi béat.

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« une scène mythologique d’Eugène Lami ».

Huit œuvres d’Eugène Lami figuraient dans le catalogue de la vente Roussel, les n° 34 à 41. Elles n’y sont malheureusement pas décrites. De toute façon, Lami ne peignait pas de scènes mythologiques, il était spécialisé dans les sujets militaires et les scènes de genre.

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« un paysage intitulé “L’île mystérieuse” et signé L. N. Montalescot : il représente un rivage dont la partie gauche, avec sa plage et sa forêt, offre un abord agréable, mais dont la partie droite, faite de parois rocheuses découpées comme des tours et percées d’une ouverture unique, évoque l’idée d’une forteresse invulnérable ».

L.N. Montalescot est un peintre inventé par Perec pour son Cabinet d’amateur. La description de l’île nous renvoie au tableau-contrainte de ce chapitre, La Chute d’Icare de Bruegel. Contrairement à ce qu’affirme Willy Wauquaire dans ses Outils pour la VME, Perec n’a pas inversé les côtés droit et gauche des rivages de l’île dans sa description.

La Chute d’Icare
par Pieter Bruegel l’Ancien, vers 1558
musée royal des Arts anciens, Bruxelles

Détail

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« une aquarelle de Wainewright (…), peintre, collectionneur et critique (…) dont on apprit après sa mort qu’il avait, par dilettantisme, assassiné huit personnes (…) ; l’aquarelle s’intitule “Le Roulier” (“The Carter”) ».

Trois œuvres de Wainewright figuraient dans le catalogue de la vente Roussel, les n°13,14 et 15. Elles n’y sont pas décrites. Thomas Griffiths Wainewright (1794-1847) était un écrivain et un peintre qui pratiquait à titre de loisir le meurtre en série par empoisonnement. Cette aquarelle intitulée The Carter est inconnue de nos services.

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