Chapitre XCV, Rorschash, 6

« quatre photographies représentant Olivia Norvell ».

« Sur la première, contemporaine de son premier mariage, Olivia apparaît vêtue d’un pantalon corsaire et d’un tricot marin à rayures horizontales sans doute bleues et blanches, coiffée d’une casquette d’enseigne de vaisseau et tenant à la main un faubert ».

Point d’image à rechercher ici, il s’agit d’une citation des Fleurs bleues de Queneau.

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« Sur la seconde, elle est vautrée dans l’herbe (…) ; Olivia porte une robe à fleurs et un grand chapeau de paille de riz, sa compagne des bermudas et de grosses lunettes de soleil dont la monture évoque des reines-marguerites ».

Même si la description ne colle pas trait pour trait, on ne peut s’empêcher de voir, à l’évocation de cette jeune femme dans l’herbe portant grand chapeau et grosses lunettes de soleil, une allusion à la Lolita de Stanley Kubrick. Et même si cela ne semble pas très évident pour l’heure, ça le deviendra dans quelques instants, quelques lignes plus bas…

Lolita
de Stanley Kubrick, 1962

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« La troisième photographie montre Olivia costumée en princesse de la Renaissance : robe de brocart, grand manteau fleurdelisé, diadème ».

Marina Vlady dans La Princesse de Clèves ?

La Princesse de Clèves
par Jean Delannoy, 1961

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« il dormait et prenait son bain avec son barbet à poils frisés ».

Ce barbet, déjà apparu sous la même dénomination dans le chapitre LXXIX, est le chien des Arnolfini de Van Eyck :

Le portrait des époux Arnolfini
par Jan van Eyck, 1434
National Gallery, Londres

Détail

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« La quatrième photographie a été prise à Rome, en plein midi, un jour d’été, devant la “Stazione Termini” : Rémi Rorschash et Olivia passent en Vespa ».

Le cinéma là encore, clin d’œil à Vacances romaines de William Wyler avec Audrey Hepburn et Gregory Peck.

Vacances romaines
de William Wyler, 1953

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Le caractère cinématographique de ces trois citations, Lolita, La Princesse de Clèves et Vacances romaines, est confirmé quelques lignes plus bas par l’évocation de Rémi Rorschash, producteur, et d’une liste de magazines consacrés au cinéma :

« “la Cinématographie française”, “le Technicien du Film”, “Film and Sound”, “TV News”, “le Nouveau Film français”, “le Quotidien du Film”, “Image et Son” ».

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« une pochette d’allumettes offerte par Fribourg and Treyer, Tobacconists & Cigar Merchants, 34, Haymarket, London SW1 ».

Ce fournisseur de tabac pour pipes existe réellement, à l’adresse indiquée par Perec.

Minuscule reproduction d’une pochette d’allumettes
éditée par Fribourg and Treyer

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« le très beau verre de cristal taillé ».

Ce verre est issu de la Nature morte à l’échiquier de Lubin Baugin, tableau-contrainte de ce chapitre.

Nature morte à l’échiquier ou les cinq sens
par Lubin Baugin, 1630
musée du Louvre, Paris

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« le peintre animalier Godefroy Jadin ».

« Louis Godefroy Jadin, né le 30 juin 1805 à Paris où il est mort dans le 1er arrondissement le 24 juin 1821, est un peintre animalier et peintre paysagiste français, connu pour avoir peint les chasses de Napoléon III et les chiens du beau monde sous le Second Empire. » Dixit Wikipedia. À noter que l’on retrouve ici des chiens peints, succédant à celui des Arnolfini.

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« la Fonderie Monduit et Béchet, 25, rue de Chazelles (…) où, à partir de 1883, allait s’édifier, morceau par morceau, la gigantesque “Liberté” de Bartholdi dont la tête et le bras dépassèrent pendant plus d’un an les toits des immeubles alentour ».

La Statue de la Liberté émergeant des ateliers
de la fonderie Monduit et Béchet, 25, rue de Chazelles, Paris XVIIe

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« quatre grands dessins ».

Ici est satisfaite la contrainte “Peintures” “dessin” de ce chapitre.

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« Le premier dessin, signé Perpignani, s’intitulait “La Danseuse aux pièces d’or” ».

La danseuse aux pièces d’or est une citation du chapitre X de l’Autobiographie de Jacques Roubaud. Perpignani est le nom d’un cordonnier que Roubaud cite dans ce même ouvrage. Point d’image à rechercher, donc, même si les danseuses furent abondamment représentées dans la peinture orientaliste du XIXe siècle.

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« une copie méticuleuse de “L’Entrée des Croisés à Constantinople”, signée d’un certain Florentin Dufay ».

Le peintre Florentin Dufay est une invention de Perec.

L’Entrée des Croisés à Constantinople
par Eugène Delacroix, 1840

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« un grand paysage dans le goût d’Hubert Robert ».

Hubert Robert (1733-1808) est un peintre français qui peignit de nombreuses ruines romaines, réelles ou inventées.

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« une étude au pastel de Joseph Ducreux pour le portrait du violoniste Beppo ».

Joseph Ducreux (1735-1802), contemporain d’Hubert Robert, est une peintre pastelliste français qui réalisa de nombreux portraits. Mais pas celui du violoniste Beppo, qui est emprunté au Livre de chevet de J.-W. Bienstock & Curnonsky (1927) où il figure sous le nom de Peppo, avec un P. 

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« François Dumont venait de peindre une miniature sur ivoire représentant Guéné ».

François Dumont, dit Dumont aîné (1751-1831), contemporain des deux précédents, est un miniaturiste lorrain puis français, spécialisé dans « le petit genre du portrait-mignard ». Il réalisa, en effet, un portrait miniature de Louis Guéné, premier violon de Louis XVI. L’œuvre est conservée au Louvre.

Signé et daté, en bas, vers la droite : Dumont f. 1791.
Inscription au dos : « Louis Guéné, Premier violon de LOUIS XVI., /
Peint par Dumont de l’Academie. /
Offert/ à Monsieur Edouard LEFEBVRE, par/ Madame Lebrasseur. »

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